Mots-clefs

, , , , , , , ,

droitsNous partons aujourd’hui à la découverte d’un ouvrage aussi intéressant que complexe: Les droits des animaux, ouvrage fondateur s’il en est du mouvement pour le droit des animaux.

Son auteur, Tom Regan, nous présente les rudiments philosophiques fondateurs de cette idée pour le moins saugrenue, que les animaux ont les mêmes droits fondamentaux que nous autres, êtres humains.

La lecture du livre est longue et particulièrement difficile, je vous propose donc un résumé simplifié qui vous permettra de découvrir l’argumentation sans faille qui conduit à la conclusion sus-mentionnée et vous donnera,  pourquoi pas, l’envie de vous plonger dans l’ouvrage pour en saisir les subtilités qui ne seront pas abordées ici.

Partant du postulat de base qui affirme que tous les êtres humains ont une vie mentale, Tom Reagan commence par justifier l’attribution d’une conscience morale aux animaux et ce malgré leur incapacité à s’exprimer dans un langage évolué. Il contredit ainsi le célèbre penseur Descartes, qui affirmait que les animaux n’étaient guère différents des machines et que leur comportement pouvait s’expliquer par un ensemble de lois mécaniques!

Sa démonstration bien que brillante ne concerne pas l’ensemble des animaux mais simplement les mammifères normaux âgés de plus de un an. Ces derniers ont en effet des croyances liées à leurs préférences et donc des désirs qu’ils cherchent à satisfaire. Il ont également une notion relative du futur et en particulier du leur. Si vous n’en êtes pas convaincus, observez votre chien!

À partir de là, il n’est pas difficile de définir ce que peut être le « Bien-être animal » comme étant le fait pour les animaux de pouvoir obtenir ce qu’ils veulent par leurs propres moyens. Tout ce qui favorise cette quête est un avantage et tout ce qui y nuit est un dommage (souffrance physique ou morale ou privation). L’auteur insiste sur le fait que tous les dommages ne blessent pas forcément! Œuvrer pour le « Bien-être animal » ne se réduit donc pas à combattre la souffrance infligée aux animaux, mais également à veiller qu’ils ne soient privés de rien!
La mort est un dommage ultime et irréversible et ce, indépendamment des conditions dans lesquelles elle intervient. C’est la raison pour laquelle donner la mort à un animal ne peut être justifiée si ce n’est pour abréger ses souffrances et pour aucune autre raison!

L’auteur introduit la distinction entre les « Agent moraux« , des individus pouvant être tenus responsables de leurs actes et les « Patients moraux » qui sont incapables de faire le bien comme le mal. Les animaux, les déficients mentaux et les jeunes enfants entrent dans la seconde catégorie.

Bien que dénués de toute moralité, ces individus possèdent eux aussi une valeur dite « inhérente » qui non seulement les distingue de leurs homologues, mais qui est également irréductible et incommensurable à leurs qualités et défauts. En d’autres termes, chaque animal est bien plus qu’un simple réceptacle et ne peut être donc se substituer à aucun autre animal.

Seuls les « Agent moraux » ont des devoirs et parmi lesquels le devoir direct de ne causer aucun dommage ni aux autres « agents moraux » ni aux « patients moraux ». Il s’agit d’un devoir dit de « prima facie » car il ne doit en principe jamais être outrepassé sauf en rares occasions décrites par deux principes suivants:
Le « Principe d’outre passement minimal » pour lequel le nombre d’individus concernés compte et qui consiste, à dommage égal, à choisir la solution qui causera des dommages au plus petit nombre.
Le « Principe du pire » pour lequel le nombre d’individus concernés ne compte plus, et qui consiste à choisir la solution qui évitera à tout individus de connaître de dommages plus important que tous les autres.

Voilà en substance la présentation de la théorie des droits des animaux, qui en tant que « patients moraux » ne doivent subir aucun dommage de la part des « agents moraux » que sont les êtres humains, exception faite de l’application des deux principes présentés ci-dessus.

Le livre se termine sur les conséquences de cette théorie dûment prouvée et condamne fermement l’élevage et la consommation d’animaux d’élevage, la chasse et le piégeage des animaux sauvages, certaines pratiques visant à préserver des espèces en voie de disparition en causant des dommages à d’autres animaux et l’utilisation des animaux pour la science. Toutes ces pratiques sont injustes et bafouent les droits fondamentaux des animaux à être traités avec le respect qui leur est dû. Il en va de même pour des activités comme les rodéos, les corridas, les zoos et les aquariums, les cirques, les courses hippiques.

Cette théorie vous paraîtra complètement loufoque, pourtant elle tient complètement la route à la lecture des quelques 700 pages que compte le livre. L’objet de cet article n’est pas de vous convaincre ni des propos de Tom Reagan, ni de lire son livre mais bien de vous encourager à réfléchir aux conséquences de nos actes de consommateurs, tous autant que nous sommes. Les animaux ne sont pas notre propriété et ne sont pas là pour satisfaire à toutes nos envies. Leur exploitation est un droit que nous nous sommes arrogés sans se préoccuper des droits qu’ils peuvent avoir en tant qu’êtres sensibles.

Je finirai ce compte rendu de lecture par une restitution de l’épigraphe du livre. A méditer!

Tout grand mouvement doit faire l’expérience de trois étapes: Le ridicule, la discussion, l’adoption – John Stuart Mill

Publicités