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Tristement très loin de la science fiction, Promised Land traite d’un sujet d’actualité qui devrait tous nous concerner: Notre besoin croissant d’énergie et l’extraction du gaz de schiste.

promised_landPromised Land décrit comment un grand groupe énergétique et plus particulièrement deux de ses représentants partent à la conquête du sous sol d’une petite ville de campagne qui a subit la crise économique de plein fouet. Leur but est simple: Profiter de la misère dans laquelle vit la population locale afin de négocier des contrats de forage des terres des paysans à des prix fort intéressants pour la compagnie et ce pour en extraire le très controversé gaz de schiste. Misant sur l’ignorance des habitants de la petite ville qui n’ont pas la moindre idée des nuisances engendrées par l’extraction et ce qu’elle vont entraîner comme changements dans leur quotidien, les deux commerciaux souhaitent décrocher un maximum de contrats en un minimum de temps. Mais les choses vont très rapidement se compliquer lorsqu’un scientifique retraité, semble-t-il très informé sur le sujet, évoque des rumeurs effrayantes au sujet des techniques d’extraction en plein conseil municipal. Et l’arrivée d’un écologiste très actif ne va rien arrangé …

Parlons un peu de l’extraction du gaz de schiste. Depuis le début des années 2000, les Etats-Unis se sont lancé dans l’exploitation de ce gaz emprisonné dans les roches du sous-sol afin de palier non seulement à la diminution annoncée des ressources en pétrole mais également pour se garantir une certaine indépendance face aux fournisseurs gourmands que sont la Russie, le Qatar et l’Iran. Mais est-ce pour autant une solution miracle? Ce n’est pas l’avis des écologistes et ils ont l’air d’avoir de très bons arguments pour étayer leur constat plutôt alarmiste.

Leurs inquiétudes se concentrent autour au moyen d’extraction de ce gaz qui s’appuie sur la technique de la fracturation hydraulique. Il s’agit d’aller disloquer des formations géologiques peu perméables et donc renfermant des ressources en énergie comme le pétrole ou le gaz par injection sous très haute pression d’un fluide destiné à fissurer la roche. Le gaz ainsi prisonnier de la roche se libère et est récupéré en surface par l’intermédiaire du puits.

Cette technique n’est pas nouvelle. Elle a été mise au point dans les années 1950 et a servi à l’extraction du pétrole sur certains gisements, pour la géothermie et pour la production d’eau potable Mais son intérêt est réellement apparu au début des années 80 lorsqu’ont été introduit les forages directionnels,  plus nécessairement verticaux, et donc beaucoup plus rentables.

Le problème majeur de cette technique est qu’elle nécessite une quantité titanesque d’eau à laquelle on ajoute des très nombreux additifs afin d’améliorer l’efficacité de la fracturation et de garantir le meilleur rendement au puits de forage. Ainsi, on mélange à l’eau les composants suivants:

  • du sable pour éviter aux micro fractures de se colmater
  • des pesticides et des antibiotiques pour éliminer les bactéries
  • des lubrifiants destinés a améliorer la pénétration du sable dans les fissure de la roche
  • des détergents pour améliorer la productivité du puits

Inutile de vous préciser qu’à l’issue de l’exploitation du puits, tous ces merveilleux composants ne sont pas récupérés et restent dans le sous sol. Le forage est simplement refermé avec des bouchons de ciments de plusieurs dizaines de mètres d’épaisseur.

Les nombreux additifs finissent donc dans les nappes phréatiques, rendant l’eau impropre à la consommation. Mais pire encore, les alentours des puits d’extraction sont le théâtre d’émission de gaz hautement cancérigènes. C’est l’objet du film Gasland, sorti au Etats-Unis en 2010. Je ne l’ai pas encore vu mais je vous recommande d’y jeter un coup d’oeil car on m’en a dit le plus grand bien.

Enfin, certains scientifiques avancent l’idée que cette opération de fracturation du manteau terrestre peut entraîner à long terme des séismes de magnitude assez importante pouvant causer des dégâts matériels et des victimes. La petite ville de Prague dans l’Oklahoma en a déjà fait les frais, comme on peut le lire ici.

Difficile de ne pas céder aux champs des sirènes et de se lancer dans l’exploitation massive de ce gaz prisonnier du sous-sol dont on vante les nombreux bienfaits,  la création de très nombreux emplois, la garantie d’avoir une source d’énergie beaucoup moins chère que celles qui ne font qu’augmenter d’années en années! Mais au vu des terribles méfaits de la technique qui a été choisi, ne devrait-on pas prendre le temps de bien réfléchir pour éviter le pire?

Car il existe des alternatives qui sont actuellement à l’étude et qui nécessite encore quelques mois voir quelques années avant de pouvoir être utilisées comme le remplacement de l’eau par du propane, la stimulation par arc électrique ou chauffage de la roche… Celle qui semble la plus propre, appelée fracturation exothermique non hydraulique ou fracturation sèche, est déjà utilisée pour les forages dans les régions arctiques où l’eau ne peut être utilisée pour des raisons évidentes. Cette technique n’utilise pas d’eau, pas d’explosif, pas de produit chimique mais uniquement de l’hélium chaud. Affaire à suivre!

Revenons quelques instants sur le film en lui-même. Il est réalisé par le talentueux Gus Van Sant dont je vous recommande sans hésitation les films Will Hunting avec Matt Damon, Psycho, Elephant qui s’appuie la tristement célèbre fusillade du lycée Columbine, Last Days sur les derniers jours de Kurt Cobain (un de mes films préférés), Paranoid Park, ou encore Harvey Milk avec Sean Penn sur les dernières années du premier homme politique américain ayant revendiquer son homosexualité.

C’est un film relativement engagé comme le sont Gus Van Sant mais également Matt Damon qui joue le rôle de Steve Butler, ce représentant d’un groupe énergétique tirailler entre son métier de commercial sans scrupule et ses valeurs humaines héritées de ses paysans d’aïeux. Il est secondé par Frances MacDormand (Moonrise Kingdom, Burn after Reading, Presque célèbre), alias Sue Thomason, qui ne se posent pas autant de questions. Son métier et le salaire qu’elle peut en espérer sont le seul espoir pour elle de récupérer la garde de son fils qui vit actuellement loin d’elle, avec son père.

On trouve également au casting John Krasinsky (Miracle en Alaska) qui incarne Dustin Noble, un écologiste à la motivation sans limite. Lui-même paysan victime de l’exploitation dévastatrice du gaz de schiste, il est bien décidé à avertir la population des dangers de cette dernière et de les convaincre de ne pas vendre leur sous sol à cette compagnie qui a détruit sa ferme.

Comme à son habitude, Gus Van Sant n’aime pas le spectaculaire mais veille à nous plonger dans une ambiance de documentaire. En plus de nous en apprendre quant aux procédés commerciaux de ces grandes firmes prêtes à tout pour profiter de la mane financière que représente l’exploitation du gaz de schiste, ils nous propose de vivre, comme si nous y étions, le dilemne de ces paysans dont le quotidien est devenu plus que difficile avec l’arrivée de la crise mais qui hésitent à hypothéquer leur terre qu’il ont hérité et dont ils sentent responsable. Le butin promis vaut il la peine d’abandonner le fruit du labeur de plusieurs générations?

Ce n’est pas un film facile mais il est vraiment impensable de ne pas prendre le temps d’aller le voir tant il est instructif et réussi.

Bonne séance!

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